Le gwoka, patrimoine culturelle unique


Le Gwo Ka est une forme d’expression artistique traditionnelle de la Guadeloupe. Il est né au début du 18e siècle au temps de l’esclavage.
Il aurait pour origine étymologique le « Gros Quart » qui désignait, à l’époque coloniale, un des volumes de tonneaux utilisé pour le transport de salaisons, de vin, d’huile ou de rhum.

Les esclaves ont confectionnés à partir de ce fût un nouvel instrument de musique : le Ka. Ce tambour Ka, résultat de notre esprit de création, est donc un assemblage d’une peau de cabri tendu sur un tonneau en "bwa fouyé" avec à un ingénieux système de cordage et de réglage.

La culturelle africaine, très dense en raison de la diversité des pays d’origine, alors sujette au silence, a émergé en créant cette subtile alliance de la danse, du chant et de la musique qu’est le Gwo Ka. Il anime de nos jours la plupart des évènements populaires, tels que les carnavals, les grèves, les fêtes ou les veillées mortuaires. Le Gwo Ka se compose de 7 rythmes da base :
     -  Le "Toumblack", rythme de joie associé à une danse très physique et aux festivités ;
     -  Le "Kaladja", symbole de lutte et de douleur, doté d’un rythme lent joué pendant les veillées ;
     -  Le "Graj", accompagnant les travaux collectifs et la production ;
     -  Le "Woulé", joué sur trois temps lors du travail des champs ;
     -  Le "Mendé", musique de marche ou de défilé de carnaval ;
     -  Le "Padjanbel", rythme en ¾, danse de la coupe de la canne à sucre ;
     -  Le "Léwoz"*, expression de désir de lutte, rythme guerrier et mélancolique.

Le Gwo Ka est orchestré par plusieurs musiciens utilisant deux types de tambours Ka :
     -  Le Ka "Boula" de grande taille, à résonance grave qui soutient le rythme,
     -  Le Ka "Mawkè" de taille plus réduite, a consonance aigüe, permettant des improvisations en solo (d’où l’origine du mot Marqueur en créole) qui accompagnent le chanteur, les danseuses et danseurs.

A l’ensemble se rajoutent d’autres instruments que sont le Chacha (Calebasse), le Ti Bwa (deux petites baguettes de bois durs frappées sur un morceau de bambou), les claves, la cloche ou la conque de Lambi.
La formation traditionnelle est généralement composée de deux à trois « Boula » sur lesquels les percussionnistes jouent à califourchon et d’un « Mawkè » en position debout ou inclinée placé entre les jambes du musicien assis sur un petit tabouret. On ne saurait bien-sûr compter également sur les « Chantè » (chanteurs) et les « Répondè » (Répondeurs, Chœurs) pour parfaire la composition.
Le Gwo Ka est aussi devenu une certaine manière d’être, une façon de vivre, de revendiquer ses origines et son identité guadeloupéenne. Il permet ainsi de résister à l’aliénation culturelle, de sauvegarder et de défendre son patrimoine.

La reconnaissance populaire de la musique Gwo Ka date des années 60 et 70, véhiculée grâce aux idées des mouvements nationalistes sur la culture guadeloupéenne et à leur diffusion auprès de la population. En effet, le regard porté dans l'île sur ce tambour et son environnement était celui du mépris car trop souvent associés aux gens de mauvaise vie et aux misérables paysans nègres : mizik a vié nèg (musique de vieux nègres).
Cette expression musical a survécu à la période post-coloniale en s'affirmant comme première musique et danse de la Guadeloupe jusqu’à être inscrite le 26 novembre 2014 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Woulo bravo !

*Le terme « Léwoz » désigne également une festivité débutant en soirée du vendredi ou du samedi (swaré léwoz). L’ambiance y est très conviviale. C’est avant tout un moment d’échange au cours duquel les compétences des uns et des autres s’affirment aussi bien en danse qu’en chant et en maîtrise instrumentale. Tous les rythmes sont joués en alternance jusqu’au petit jour avec une grande diversité.